Avant même que le limon ne se soit déposé sur les rivières, les habitants du Centre du Vietnam s'activaient déjà à nettoyer la boue qui s'accrochait à leurs murs pour accueillir le printemps. Là où les eaux avaient atteint leur niveau maximal, la vie reprenait paisiblement son cours : de nouvelles maisons se construisaient, les boulangeries reprenaient leur activité et les champs et les jardins se couvraient de jeunes pousses vertes.
Après les inondations
Les jardins verdoyants avec des rangées droites de palmiers du hameau de Huynh Thanh, commune de Phuoc Giang (province de Quang Ngai), donnent aujourd’hui l’impression que la crue qui a submergé toute la région il y a peu n’a jamais existé.
Pourtant, l’inondation de novembre 2025 avait isolé et coupé du monde plus de 900 foyers.
Do Thi Thoi montre la ligne de boue restée sur le mur de sa maison : « L’eau montait très haut, nous avons juste eu le temps de surélever quelques affaires avant de… partir à la nage. »
Do Thi Thoi prépare les ingrédients pour confectionner des gâteaux au sésame pimenté pour le Têt.
Do Thi Thoi prépare les ingrédients pour confectionner des gâteaux au sésame pimenté pour le Têt.
Aujourd’hui, ces souvenirs appartiennent au passé. Elle m’emmène dans le jardin attenant à la maison et le spectacle ressemble à un conte de fées : sur ce terrain autrefois noyé sous les flots, en à peine deux mois, les rangées de concombres ont verdi, fleuri de jaune et donné des fruits déjà lourds et abondants.
Dès la décrue, sans prendre le temps de se lamenter, le couple a retroussé les manches, retourné la terre, refait les planches et semé.
Les semences de concombre, nourries par la vase fraîche laissée par la crue et le soleil du pays de Quang, ont germé, feuillé, fleuri et fructifié très rapidement.
Do Thi Thoi a appliqué les techniques de culture biologique enseignées par l’Association des agriculteurs de la commune, obtenant ainsi une récolte mieux valorisée qu’auparavant.
Avec ces planches de concombres, juste avant le Têt, je pourrai récolter et vendre pour environ 40 millions de dôngs, de quoi préparer les fêtes.
Dans le jardin, les mandariniers et les goyaviers ploient eux aussi sous les fruits, prêts à être récoltés ce printemps. Peu de gens savent que ces arbres sont restés immergés pendant une semaine ; voyant leurs feuilles jaunir, Do Thi Thoi était au bord des larmes.
Mais le couple a trouvé comment sauver les arbres : ameublir la terre autour des racines pour les laisser « respirer », tailler les branches abîmées, nettoyer les troncs…
Réchauffés par les mains de l’homme et la sueur versée, les arbres ont reverdi et donné de nombreux fruits sucrés.
Bientôt, grâce à ces récoltes, Do Thi Thoi pourra repeindre les murs encore marqués par la boue, racheter un téléviseur et un réfrigérateur endommagés par l’inondation.
Le printemps semble déjà arrivé ici : devant la maison, elle fait sécher les ingrédients pour préparer les gâteaux au sésame pimenté du Têt, tandis que dans le jardin, son mari effeuille le prunier jaune dont les boutons annoncent la floraison.
Partout dans la commune de Phuoc Giang, les jeunes pousses de riz de la nouvelle récolte hiver-printemps commencent à verdir les rizières.
Le vice-président du Comité populaire communal, Tran Van Thien, désigne les hameaux nichés dans les zones basses, régulièrement submergées à chaque saison des pluies :
« Ici, on est inondés chaque année. Habitués à vivre avec les crues, les habitants ont appris à “éviter” les catastrophes naturelles : pendant les mois de pluies intenses, les champs restent en jachère, sans semis ni culture, pour éviter les pertes totales. Quand l’eau se retire, dès le début du onzième mois lunaire, les champs résonnent à nouveau du bruit des charrues. Les gens préparent la terre, repiquent le riz de la campagne hiver-printemps et cultivent des légumes pour alimenter le marché du Têt. »
Parallèlement à la reprise de la production, les autorités communales s’emploient aussi à organiser le Têt pour les familles encore en difficulté après les crues.
Des lettres ouvertes sont envoyées pour appeler à la solidarité des organisations et des particuliers. Des programmes tels que « Têt de la solidarité » pour le printemps de 2026 ou « Un café pour partager l’amour » sont mis en place, avec l’espoir d’offrir aux familles pauvres et vulnérables de Phuoc Giang un Têt plus chaleureux et plus digne.
La solidarité au cœur de l’épreuve
Dans la commune de Dien Dien (province de Khanh Hoa), où le pic historique des crues vient de passer en laissant de profondes traces d’eau sur les murs, les habitants s’efforcent de reconstruire leur quotidien avec ce qui reste. Devant sa maison basse, Nguyen Thi Nga s’active à enlever des tas de déchets encore hauts jusqu’à la poitrine. Le visage lourd d’inquiétude, elle confie :
« Quand l’eau s’est retirée, il ne restait que la carcasse de la maison. L’atelier de ferments biologiques, l’élevage de porcs et de poules aux plantes médicinales, tout a été emporté. Mais à quoi bon ressasser ? Il faut recommencer. »
Cette année, elle a aussi perdu la récolte de chrysanthèmes, principale source de revenus pour le Tết. Aussitôt après, elle a établi un nouveau plan : emprunter pour reconstruire l’atelier, reconstituer les élevages.
Ho Thi Dong, du hameau de Phuoc Thanh, commune de Binh Son (province de Quang Ngai), partage sa joie avec les responsables locaux dans sa nouvelle maison reconstruite grâce au soutien des autorités.
Ho Thi Dong, du hameau de Phuoc Thanh, commune de Binh Son (province de Quang Ngai), partage sa joie avec les responsables locaux dans sa nouvelle maison reconstruite grâce au soutien des autorités.
Dans cette maison encore imprégnée d’humidité, Nguyen Thi Nga assume désormais une charge supplémentaire : un enfant qu’elle a recueilli après la grande crue, ses parents n’ayant pas survécu.
« Il est orphelin, si je ne l’accueille pas, où ira-t-il ? », confie-t-elle. Depuis, les repas déjà modestes sont encore plus difficiles, mais elle se dit heureuse.
À l’approche du Têt, tandis que beaucoup commencent leurs achats, Nguyen Thi Nga nettoie et compte chaque dépense pour préparer des fêtes modestes pour sa petite famille.
Elle achète à crédit quelques graines, replante le potager et les rangs d’aubergines pour la saison de printemps. « Ce Têt, il suffit d’un riz bien chaud et de quelques gâteaux pour les enfants, c’est tout ce que je souhaite », dit-elle.
À Dien Dien, des personnes comme Nguyen Thi Nga ne sont pas seules. Les autorités locales et les habitants de Khanh Hoa se mobilisent pour aider les sinistrés : colis de cadeaux, sacs de riz, mais aussi programmes de soutien financier et de reconstruction des moyens de subsistance.
À l’approche du Têt du Cheval, le long des deux rives de la rivière Hoai qui traverse la vieille ville de Hoi An, les traces des inondations ont été effacées grâce aux efforts collectifs, et l’atmosphère du Nouvel An revient par des signes bien particuliers.
L’odeur de l’encens flotte dans les ruelles, des pots de soucis et de kumquats décorent l’entrée des maisons.
Au village maraîcher de Tra Que, les parcelles fraîchement retournées ont reverdi après deux mois de pluies historiques, prolongeant le rythme laborieux de la cité ancienne.
À l’approche du Têt du Cheval, le long des deux rives de la rivière Hoai qui traverse la vieille ville de Hoi An, les traces des inondations ont été effacées grâce aux efforts collectifs, et l’atmosphère du Nouvel An revient par des signes bien particuliers.
Dans une petite ruelle du quartier de Hau Xa, arrondissement de Hoi An Tay, les quatre fours à gâteaux traditionnels de la famille de Nguyen Thi Trang brûlent depuis le début du douzième mois lunaire. Les flammes vacillent, mêlant dans la brume matinale les arômes du riz gluant et de la mélasse, réchauffant la cour étroite.
Pour Nguyen Thi Trang, entretenir le feu du four ne sert pas seulement à honorer les commandes du Têt, mais aussi à préserver les traditions du pays de Quang : tant que le métier perdure, le Têt demeure.
La nuit du réveillon, le rituel de la « Procession des talismans sacrés » aura lieu sous la lumière des lanternes se reflétant sur la rivière Hoai.
Les jours suivants, les fidèles afflueront aux pagodes Chuc Thanh et Phap Bao pour prier pour la paix ; le septième jour du premier mois lunaire, la fête de Cau Bong de Tra Que animera à nouveau les rizières tout juste ressuscitées.
Au milieu de stigmates de crues encore visibles, les habitants de Hôi An préservent les coutumes du Têt comme une manière de se soigner collectivement.
Reconstruire les foyers et la solidarité nationale
À l’approche du Nouvel An, la « campagne Quang Trung » est déployée à un rythme soutenu : policiers, soldats et autorités locales se rendent dans les zones les plus touchées pour reconstruire, maison après maison, afin que les habitants puissent accueillir la nouvelle année sous un toit sûr.
À presque 81 ans, Ho Thi Dong (hameau de Phuoc Thanh, commune de Binh Son, province de Quang Ngai) n’aurait sans doute jamais imaginé célébrer un Tết aussi complet.
Assise devant la véranda de sa nouvelle maison encore imprégnée d’odeur de peinture, elle reste silencieuse, le regard lumineux mais incrédule : il y a un peu plus d’un mois, cet endroit n’était qu’un amas de ruines après la tempête.
La police provinciale et le Commandement de la zone de défense n°1 - Son Tinh, province de Quang Ngai, organisent la cérémonie d’inauguration et de remise de la maison reconstruite à la famille de Ho Van Huy, du hameau de Trà Nga, commune de Tay Tra.
La police provinciale et le Commandement de la zone de défense n°1 - Son Tinh, province de Quang Ngai, organisent la cérémonie d’inauguration et de remise de la maison reconstruite à la famille de Ho Van Huy, du hameau de Trà Nga, commune de Tay Tra.
À l’aube du 6 novembre, le typhon n° 13 a balayé la région, détruisant la maison où elle avait vécu des décennies. Les nuits suivantes, hébergée chez son fils, elle dormait mal, rongée par l’angoisse : à son âge, comment trouver l’argent pour reconstruire ?
Ses enfants envisageaient de lui bâtir une petite maison provisoire.
Mais la joie est venue de manière inattendue lorsque sa famille a été incluse dans le programme de soutien à la construction de logements de la « campagne Quang Trung ».
Je vis seule depuis longtemps, mes enfants peinent déjà à joindre les deux bouts. Apprendre que l’État m’aidait à reconstruire une maison m’a fait pleurer de joie.
Après seulement un mois et demi de travaux intensifs, une maison neuve de plus de 80 m² a été achevée à temps pour le Têt.
Le coût total avoisine 200 millions de dôngs, dont 110 millions financés par le ministère de la Sécurité publique et le Fonds provincial de secours.
Le jour de la remise, Ho Thi Dong a emménagé dans une maison entièrement équipée : télévision, réfrigérateur, cuisine - des biens qu’elle pensait ne plus jamais posséder à son âge.
Dans la province de Quang Ngai, la « campagne Quang Trung » est menée simultanément dans de nombreuses localités. La police provinciale prend directement en charge la reconstruction de 32 des 37 maisons totalement détruites dans 12 communes, grâce à un soutien financier de 1,6 milliard de dôngs du ministère de la Sécurité publique et de plus de 1,9 milliard provenant du budget provincial.
Parallèlement, le commandement militaire provincial coordonne en urgence l’évaluation, la construction et la réparation de 67 maisons supplémentaires pour les habitants gravement touchés par les intempéries.
Publication : le 16 février 2026
Contenu : Thanh Chuong
Dessin : Journal Nhân Dân
